Maïs : l’UE prend du retard à l’import et la France tire son épingle du jeu
Si les importations de maïs de l’Union européenne peinent à décoller sur la campagne de commercialisation 2025/26, le maïs français bénéficie d’une demande soutenue de la part de ses voisins, le tout dans un marché mondial toujours plombé par l’abondance de l’offre.
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Malgré une production européenne en léger retrait, les importations de maïs de l’UE sont « poussives » sur ce début de campagne de commercialisation 2025/26, avec même un « léger décrochage » au mois de décembre.
C’est ce qu’a expliqué Jean Jacquez, chargé d’études économiques sur le marché européen des céréales, lors d’un point presse du conseil spécialisé « grandes cultures » de FranceAgriMer organisé le 14 janvier.
Au 5 janvier, les importations cumulées de maïs dans l’UE atteignaient ainsi 8,2 Mt : une baisse de 20 % par rapport à la campagne 2024/25 à date, et de 15 % par rapport à 2023/24. Sur l’ensemble de la campagne 2025/26, la Commission européenne continue toutefois de viser 18,8 Mt de maïs importé (- 6 % par rapport à 2024/25).
Le retard observé ces derniers mois a plusieurs explications. Jean Jacquez pointe notamment la meilleure récolte 2025 de l’Italie et de l’Espagne, principaux importateurs européens de maïs : chacun a produit 600 000 t de plus que d’habitude, ce qui réduit leurs besoins en importations.
Autre cause : la forte compétitivité du blé tendre, dont le prix est actuellement à quasi-parité avec celui du maïs sur Euronext. Cette situation incite les formulateurs d’aliments du bétail à substituer une partie du maïs par du blé, limitant là encore les besoins européens en maïs d’importation.
La part des importations d’Ukraine a dégringolé
Surtout, ce retard d’importations de l’UE peut s’expliquer par les difficultés d’approvisionnement en provenance d’Ukraine. Le pays n’a pas encore achevé sa récolte — autour de 3 Mt restent à récolter, soit 8 % de la surface de maïs ukrainienne — et fait face à des contraintes logistiques liées au conflit.
Alors que l’Ukraine représentait 56 % des volumes de maïs importés par l’UE à date sur la campagne 2024/25, sa part a dégringolé à 5 % cette campagne. Ce qui a permis aux États-Unis de renforcer leur présence sur le marché européen : ils sont passés de 15 % à 32 % des volumes de maïs importés.
Dans ce contexte de moindre disponibilité du maïs ukrainien, « le maïs français, non OGM, est bien demandé en UE », précise Jean Jacquez.
Le début de campagne est d’ailleurs dynamique pour les exportations françaises de maïs. « En cumul entre juillet et novembre, on a exporté près de 2,2 Mt, contre 1,37 Mt en 2024/25 », détaille Habasse Diagouraga, chargé d’études économiques sur le marché français des céréales.
Ces flux sont très majoritairement (1,97 Mt) dirigés vers des pays de l’UE, principalement les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique et l’Italie. Vers les pays tiers, les volumes atteignent 217 000 t et sont surtout à destination du Royaume-Uni.
Ce dynamisme a conduit FranceAgriMer à rehausser son estimation des exportations françaises de maïs sur l’ensemble de la campagne. Elles atteindraient 5,1 Mt (4,5 Mt vers les pays de l’UE et 525 000 t vers les pays tiers) : 5 % en-deçà du volume exporté sur 2024/25 mais 8 % de plus que la moyenne des quatre dernières campagnes.
Une offre mondiale estimée en forte hausse
À l’échelle mondiale, Majda En-Nourhi, chargée d’études économiques sur le marché international des céréales, est revenue sur les révisions très marquées à la hausse du dernier rapport de l’USDA.
Le département américain de l’agriculture estime désormais la production mondiale de maïs à 1 296 Mt, soit 13,1 Mt de plus qu’en décembre, sous l’effet de fortes hausses en Chine et aux États-Unis. Les stocks finaux mondiaux se retrouvent relevés à 291 Mt, en hausse de 11,8 Mt sur un mois.
Pour les équipes de FranceAgriMer, le contexte géopolitique particulièrement incertain – politique étrangère étasunienne, frappes russes en mer Noire, relations entre le Canada et la Chine… — n’impacte pour le moment pas vraiment les prix. « Ce n’est pas du tout un marché nerveux », observe Jean Jacquez à propos d’Euronext.
L’abondance de l’offre mondiale, combinée à une demande moins dynamique, « réduit les marges de manœuvre » politiques et commerciales des grands exportateurs pour jouer sur les échanges et les prix, ajoute Majda En-Nourhi, et « crée un environnement peu porteur pour un redressement rapide des prix internationaux ».
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